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Marguerite - Un projet de retraite : ça se construit

Préparer sa retraite pour ne pas la subir

Michel, le père de Gégé prépare sa retraite et il se pose beaucoup de questions : des questions financières, juridiques, techniques. Toutes ces questions en cachent bien d’autres plus profondes, plus existentielles… Qui suis-je ? Où vais-je ? Que vais-je donc devenir ? La retraite, ça se prépare mais le projet de retraite, ça se construit…C’est un projet de vie.

« La retraite est une libération », « la retraite, c’est le début de la fin », « la retraite, c’est une étape de plus dans la vie », « la retraite, c’est la mort », « depuis que je suis en retraite, je n’ai plus un instant à moi », « depuis que je suis en retraite, je ne sers plus à rien… », « Je continue à travailler, je ne sais pas quoi faire d’autre… » : Autant de phrases entendues au détour des conversations dans la stabu… La retraite est un véritable bouleversement dans la vie d’un Homme, un peu moins radical que pour nous les vaches (retraite = camion du maquignon). La retraite, c’est avant tout un projet qu’on prépare…

Un exemple pour comprendre

Michel a décidé de prendre les choses en main et de se poser les bonnes questions pour sa retraite : Il a pris du temps avec son ami de toujours, René (surnommé le sage par mes soins). Ce dernier a donc posé quelques questions bien choisies :
« Si on fait le bilan, qu’as-tu réussi dans ta vie professionnelle ? » dit René
« Je ne sais pas… J’ai nourri ma famille… j’ai même mis un peu d’argent de côté… J’ai travaillé toute ma vie avec ma femme et j’ai transmis ma passion à mon fils Gégé… J’ai tenu malgré les crises, j’ai su m’adapter aux nouvelles technologies… J’aime mon métier, mes vaches… C’est vrai, j’ai un beau troupeau de vaches, surtout Marguerite !! (Ça va, il ne l’a pas dit mais je sais qu’il l’a pensé !). Mais des fois, je me dis, tout ça pourquoi ? ».
Il y eut encore un silence…
« Ce qui est dur je crois, c’est que je pense que je suis agriculteur et que si je ne suis plus agriculteur, qui suis-je ? »
Diderot, sors de ce corps !!!! Il commence à philosopher le Michel !
« C’est une bonne question, mon ami… Si tu n’es plus agriculteur, qui es-tu ? »
« Un ex-agriculteur ? Un inactif ? Un vieux ? Mort ? »
Oups ! Effectivement, ça ne fait pas envie !
Il reprit : « Comme j’ai peur de ne plus exister dans la ferme, je deviens un vieux con, à râler contre Gégé dès qu’il fait une erreur… Je suis habité par une colère permanente contre moi et contre mon fils, ma femme… J’ai peur de m’ennuyer et puis je ne suis jamais resté à la maison… On va s’engueuler avec la Micheline ! »
« Je ne veux pas devenir un vieil homme inutile à la charge de la société… D’un autre côté, je me dis que j’ai de la chance car je n’aurais plus à me soucier de l’avenir de la ferme… Ce ne sera plus mon problème… »
« … »
On y était enfin… Nous voici au cœur du deuil de la vie professionnelle… Un peu mélangé avec le deuil de soi utile, en bonne santé, jeune… Il n’y aurait pas qu’un seul deuil dans cette étape ?

René a repris :
« Quand tu étais jeune, à quoi rêvais-tu pour ta vie ? »
« Je rêvais d’être agriculteur bien sûr ! » Après un silence qui me parut durer une heure. « Je ne sais plus, je n’avais pas trop le temps de rêver d’abord ! Entre l’école et la ferme, j’avais du boulot ! Et je n’ai jamais rien fait d’autre que bosser sans trop me poser de questions ! »
« Il est temps de t’en poser, non ? » dit René

Michel resta pensif durant une autre éternité…

« Je voulais être menuisier, j’adorais le bois… et puis je rêvais d’aller visiter l’Australie… J’aimais bien faire de la vannerie avec mon grand-père… Et puis, je me dis que je pourrais faire du théâtre… ou faire partie de l’association pour le don du sang… J’aurais aimé faire les chemins de Compostelle mais maintenant je suis vieux… ».
« Tu vois que tu as des choses qui te font vibrer, il suffit d’aller voir, de te renseigner, d’essayer. C’est nouveau, c’est pour ça que tu t’inquiètes… »
« Et Gégé, comment il va faire sans moi ? Je ne peux pas m’investir ailleurs tant qu’il n’a pas de solutions… »
« Et il ne trouvera pas de solutions tant que tu seras là ! »

Bien dit mon René !

« C’est compliqué la transmission… Parce qu’on transmet ce qui nous appartient et qui par définition ne nous appartiendra plus… Parce que j’ai peur que Gégé ne s’en sorte pas… Parce que je ne sais pas ce que je vais faire après. C’est plus qu’une entreprise, c’est une affaire familiale et en lâchant la ferme, je lâche le peu de pouvoir qu’il me restait… Vais-je avoir encore mon mot à dire ? ».
« … »
« En plus, mon père a gardé le pouvoir jusqu’à mes 50 ans et maintenant je le laisse à mon fils… Je ne me sens pas prêt… Je suis encore jeune et en forme ».
« Justement, tu peux faire d’autres projets… Ailleurs… »
« Mais où ? »
« Bonne question mon Mimi ! » dit René en souriant.
Michel est resté là après le départ de son ami et j’ai senti la peur l’envahir : la peur du changement, de la nouveauté, la peur de se retrouver face à lui… Puis la curiosité et l’envie ont pointé le bout de leur nez et je l’ai vu sourire…




Un brin de théorie

Si on considère que le travail est une source d’appartenance, une source de reconnaissance et une source d’affirmation de ses différences, alors l’arrêt de l’activité professionnelle est un sacré bouleversement.
La question de la retraite peut alors se poser ainsi : « comment ne pas faire rimer retraite avec mort sociale et perte d’identité ? »
Michel se demande : « Qui suis-je quand je ne suis plus cet agriculteur compétent et utile à la société libre de mes choix ? ». Pas facile de trouver la réponse quand on a associé son identité à son métier toute sa vie…
De plus, la perception de ce passage entre la vie professionnelle et la retraite dépend fortement des modalités de départ :
- Le départ est un choix car vous avez un projet que vous murissez depuis longtemps (visiter l’Australie, faire le tour de France en camping-car ou à moto, faire Compostelle, s’occuper de ses petits-enfants…).
- Le départ est une sorte de fuite car vous n’y retrouvez plus votre compte, vous avez des difficultés financières ou qu’on a besoin de votre place pour un plus jeune. Pour peu qu’on vous fasse ressentir que vous êtes un vieux « con » et c’est le pompon ! Quelle injustice cette non-reconnaissance de tout le travail fait… « Au placard, le vieux ! » C’est difficile à vivre.
- Le départ est une nécessité (santé…)

La transmission est importante dans la reconnaissance de l’œuvre d’une vie (pas seulement de parts d’une société). Elle peut être l’objet d’une célébration. Votre vie professionnelle a été une aventure qui vous a amené jusqu’ici, ça se fête !

Pour finir, dans notre société, quand on parle retraite, on se met à vous parler de choses un peu mortifères (notaire, succession, dépendance, assurance obsèques, prothèse de hanche…) : ça ne fait pas rêver ! Pourtant, vous serez peut-être surpris d’apprendre que les assureurs misent sur encore 30 ans de vie pour un retraité ! Autant en profiter !

Comme dans tous les changements de la vie (et la retraite en est un très gros), les personnes passent par les mêmes étapes :

  1. Le choc, le déni qui peut durer très longtemps (on fait comme si on n’était pas en retraite)
  2. la colère (contre soi-même ou/et contre les autres),
  3. le marchandage (je n’ai plus de soucis au moins mais je m’ennuie !),
  4. la tristesse (oh ! bouse alors !),
  5. l’acceptation (c’est ainsi)
  6. et les nouveaux projets

 

Ce chemin n’est pas linéaire, on yoyotte dans ces émotions désagréables jusqu’à accepter et arrêter de vivre dans le passé…


Plus les futurs retraités ont de nouveaux projets qui ont du sens, plus cette étape se passe bien. Même si c’est une page qui se tourne…

Pour que la retraite ne rime pas avec je regrette ou je m’embête ou je rouspète, préparez-vous avant pour partir… 

 

UNE HISTOIRE POUR ILLUSTRER : Qui êtes-vous ?

Une femme était dans le coma et se mourait.
Elle eût soudain l'impression qu'on l'amenait au ciel et qu'elle se trouvait au lieu du Jugement.
" Qui êtes-vous ?" demanda une voix.
"Je suis la femme du maire" répondit-elle.
" Je ne vous ai pas demandé de qui vous êtes la femme, mais bien qui vous êtes."
"Je suis la mère de quatre enfants."
" Je ne vous ai pas demandé de qui vous êtes la mère, mais bien qui vous êtes."
"Je suis maîtresse d'école."
" Je ne vous ai pas demandé quelle est votre profession, mais bien qui vous êtes."
Et cela continua ainsi, quelque fût sa réplique, elle ne sembla pas fournir de réponse satisfaisante à la question.
" Qui êtes-vous?" "Je suis chrétienne."
" Je ne vous ai pas demandé votre religion, j'ai demandé qui vous êtes."
"Je suis celle qui est allée tous les jours à l'église et qui a toujours aidé les pauvres et les miséreux."
" J'ai demandé non ce que vous avez fait, mais qui vous êtes."
Elle a manifestement échoué à l'examen, puisqu'on l'a renvoyée sur terre.
Quand elle se remit de sa maladie, elle décida de découvrir qui elle était.
Et cela fit toute la différence.

Dicton de marguerite :

"Pour chaque fin, il y a un nouveau départ… Faire rimer la retraite avec projets, ça demande d’y travailler"